Private equity : les nouveaux défis.
La globalisation de la production va de pair avec celle de l'investissement : la France est aujourd'hui le quatrième marché mondial du private equity. LBO en cascade, rachats d'actions et distributions de dividendes exceptionnels ont porté la transformation accélérée du paysage industriel français : mais les exigences et l'horizon des investisseurs sont-ils compatibles avec un développement pérenne ?
Les grands noms du CAC 40 ont affiché pour 2004 des résultats spectaculaires : un sidérurgiste a pu multiplier ses résultats par 10 par rapport à l’année précédente. En même temps, le sous-investissement en R&D devient chronique, sachant que les taux sont déjà très en deçà de nos compétiteurs internationaux. Enfin, la grogne monte chez les salariés, qui se sentent lésés par rapport aux actionnaires dans la répartition des profits.
Un LBO a du sens s’il permet de toucher de vrais relais de croissance ; on en voit aussi où le poids de la dette est tel qu’il compromet toute ambition de développement industriel et humain. Cela, dans un contexte de taux d’intérêt accommodants : mais pour combien de temps ?
Pour le capital-investissement, les opportunités de plus-values risquent de se raréfier avec l’achèvement des consolidations sectorielles. A cette étape du cycle, l’impératif de valorisation à court terme devrait céder le pas au souci d’une croissance plus pérenne. On peut s’attendre que le secteur connaisse des transformations majeures dans les années qui viennent, le tri s’opérant entre spéculateurs et bâtisseurs.
Ce ne seront plus les équations financières « sèches » qui prévaudront, mais les logiques industrielles articulées : le pari entrepreneurial, l’action de terrain, la construction de la croissance au quotidien à travers les hommes, l’innovation marketing, un outil industriel et une logistique up to date — qu’elle soit interne ou externe.
L’édifice financier semble tabler aujourd’hui sur une croissance régulière et à long terme, dans un schéma où toutes choses resteraient égales par ailleurs : taux d’intérêt, concurrence, technologie… Il se pourrait que cette logique ait fait son temps : aucun des grands cycles économiques qu’a connus le monde depuis un siècle ne permet de la soutenir.